Chez JUNG, c’est essentiellement son concept sur le processus d’individuation qui doit retenir toute notre attention.

  • Jung parle d’une fonction transcendante au travers de son concept du processus d’individuation qu’il met en avant dès 1916. Il puise ses sources aux mythes de l’Egypte ancienne, notamment le mythe de la résurrection d’Osiris. Ce dernier lui fera comprendre que la physiologie analytique est chose connue depuis les temps les plus reculés de l’histoire de l’Humanité, même si celle-ci, n’est pas décrite sous ce nom. Pour les anciens Egyptiens, il s’agit plutôt du jugement dernier. L’alchimie, à son tour, décrit le processus psychique voué à la transformation et surtout au dépassement du moi qui conduit au Soi, le Soi de Jung.

         Tout comme le fit Jung, je me suis intéressé au tarot initiatique et tenté les mystères de son écriture symbolique. Le résultat est époustouflant. Tout ce que nous croyons connaître du fonctionnement de la psyché et même tout ce que nous ne savons pas d’elle, est décrit dans les 22 arcanes majeurs du Tarot. En 22 lames ou cartes, les maîtres cartiers nous révèlent au travers de la symbolique contenue dans leurs images, symbolique puisée aux sources des mythes anciens, les trois grandes phases de la physiologie psychique.

         Au premier septénaire, correspond une phase d’identification au miroir, et notamment aux modèles féminin et masculin que Jung nomme anima/animus. C’est du parfait équilibre entre ces deux entités dont dépend la bonne santé future de l’individu et surtout sa parfaite harmonisation avec le Monde, ce que Jung nomme le Soi. Jung mettra également en évidence l’existence d’un autre concept, qui est celui du numineux. Pour Jung, il est clair que cette première phase physiologique, qu’il nomme persona (le ça chez Freud, l’imaginaire chez Lacan), fait appel à une organisation duelle. Elle est régie par la MODALITE BINAIRE, modalité directrice psychique qui structure le tronc commun.

            Au deuxième septénaire, correspond la phase de différenciation de l’objet. Ce dernier sort de la logique duelle pour entrer dans une logique plurielle qui construit le véritable moi, comme défini par Jung, ce que Freud désignera également par le même vocable (moi) et Lacan par celui de réel. Cette phase est régie par la MODALITE TERNAIRE qui structure l’arborescence.

            Le troisième septénaire symbolise l’alchimisation de la psyché qui transforme le moi en Soi, ou plus exactement, qui conduit le moi sur le chemin du Soi. Jung va plus loin encore que ses célèbres confrères en proposant le concept du Soi. Pour lui, en effet, l’homme peut se libérer du carcan binaire auquel le moi reste en encore très attaché. C’est en se dépassant les modes censeurs que représentent notamment les régulateurs judéo-chrétiens, et en s’harmonisant au mieux avec la nature, que les Chinois nomment TAO, qu’il pourra se doter d’un verbe juste. Ce dernier symbolise une parfaite harmonisation de la psyché entre son dedans et son dehors. Ne pas se laisser prendre par l’aliénation mentale, qui représente une forme de résistance de la psyché, à ne pas vouloir se laisser enfermer, donc coloniser par la seule vision manichéenne du Monde, voilà ce que propose Jung : l’art et la manière de se libérer du joug contraignant de notre civilisation. Cette idée rejoint d’ailleurs celle que Nazari expose dans son traité en 1572 : deux voies s’offrent à l’homme qui cherche à s’élever en conscience. La première, est celle de la fausse transmutation sophistique, qui conduit à nettoyer son moi, et s’en satisfait. La deuxième, qu’il appelle réelle et divine nous amène à dépouiller notre moi de toute censure morale, sociale et religieuse bâties sur la seule modalité binaire. Le Monde est pluriel et à cause de cela ne peut pas se satisfaire d’une vision qui ne balancerait indéfiniment qu’entre dieu et diable,  droite et gauche. Tel un âne couronné en roi, assis sur une corne d’abondance remplie d’or, et condamnant tous ses sujets, à tourner en rond toutes leurs vies (sans jamais s’enrichir eux-mêmes), voilà l’image que propose Nazari dans sa fausse transmutation sophistique. Mais le plomb ne deviendra or que si l’on suit la deuxième voie, celle de la réelle divine… Ce que Jung exprimera au travers du « Mystère de la Fleur d’or », un texte de Lu Tsou traduit par Richard Wilhelm. Cette troisième phase représente la mise en phase du moi avec le Soi, une mise en conformité de la psyché avec la physiologie du monde qui l’entoure. Mais rien n’empêche l’homme de prendre la parole et d’écrire bien avant d’avoir fait cette démarche qui représente dans l’Egypte et la Grèce ancienne et, encore de nos jours une véritable démarche initiatique. En fait, elle nous invite à sortir de nous-mêmes et à nous affranchir de nos peurs, tout en faisant la rencontre avec la différence de l’autre, cet « autre » qui est en nous, mais aussi l’autre, qui souvent nous regarde sans nous voir, l’autre enfin, étant aussi le Monde.

Date de dernière mise à jour : 09/05/2013

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