LA NEVROSE


          Je prendrai ici, deux exemples qui illustrent parfaitement la problématique névrotique :

  • Mythe d’Œdipe (Freud) – Mythe d’Electre (Jung)

          Dans le mythe d’Œdipe, mis en avant par Freud, on voit que l’enfant n’a pas pu s’identifier au père et donc de ce fait, désire se substituer à lui. Pour lui, le père est l’objet de toutes les jouissances. Œdipe veut donc se substituer à lui, ce qui lui confèrera le pouvoir absolu. C’est pour cette même raison, qu’inconsciemment il couchera avec sa mère, une manière de « boucler la boucle » en quelque sorte. Être le père, devenir le père à la place du père, s’accaparer son pouvoir phallique, voila la préoccupation de tous ceux qui n’ont pas reçu de lui, la garantie d’exister. De plus, le père, en tous cas le mâle, se doit de transmettre à son fils le plein pouvoir filial, ce que fait le chevalier du Moyen-âge, avec l’aspirant, lors de la cérémonie d’adoubement. Il y a entre le père et le fils transmission de la filiation. A défaut, et faute de pouvoir tuer le père, le meurtre restera symbolique, et l’enfant se cherchera un nouveau père auprès duquel il va pouvoir nourrir son identité. Faute de le trouver, il s’inventera un père, de préférence, un héros, qu’il puisera aux sources de l’actualité présente ou passée. L’orgueil correspond à cette dérive identificatoire que l’on pourrait parfaitement inscrire au rang des pathologies névrotiques. De même Jung décrit cette même problématique, à l’envers cette fois-ci, ne visant plus le meurtre du père, mais celui de la mère. Si Freud fait référence au mythe d’Œdipe, Jung fait référence au mythe d’Electre. Mais Jung va plus loin dans sa classification des névroses puisque pour lui, le sujet, au sortir de la première phase physiologique, s’est construit des masques qu’il désigne sous le vocable de persona, masques censés s’être structurés sur des « déséquilibres raisonnables », et suffisamment raisonnables, pour ne pas dans leurs exacerbations, produire des névroses.

          Pour Jung, il est clair que la névrose relève bien d’une pathologie de la persona. Un défaut d’équilibrage anima/animus, produit des images exacerbées, dans lesquelles le sujet s’installe et s’enferme. On assiste à une forme de « cristallisation de la persona » qui parasite le sujet dans sa construction du moi. Ces formes cristallisantes sont repérées dans la symbolique judéo-chrétienne, qui les a désignées sous le terme de démons.

  • Les démons de la symbolique judéo-chrétienne

          A bien les regarder, les démons, décrits par l’Eglise, savent s’exprimer au travers de « l’Autre », cet « Autre » dont parle Lacan qui s’est construit à côté du moi, et qui prend la parole quand certaines stimulations extérieures l’y pousse. Sa voix devient alors plus forte que celle du moi qui ne trouve plus de place pour s’exprimer. Ce dernier est dépassé, colonisé par cet « Autre ». Pour l’Eglise, la possession est au rendez-vous, pour le thérapeute, ce dernier se trouve face à une névrose exacerbée qui relève alors quasiment de la psychose. Le sujet n’est plus dans son moi, mais dans un « Autre » qui s’est édifié à son insu, mais édifié contre lui, en tirant sa substance de son objet du désir. Bien sûr, nous ne devons pas tomber dans la caricature, puisque ces différentes personnalités névrotiques ou « démoniaques », peuvent se graduer en degré de gravité, selon que leur persona est en tout ou partie seulement, cristallisée.

          C’est ainsi que j’ai identifié les sept péchés capitaux à sept grands types de névroses. A chacun des péchés correspond un démon, qui lui-même est le symbole d’une névrose. On trouve ainsi, Lucifer, Mammon, Satan, Belphégor, Léviathan, Belzébuth et Asmodée.  Je ne vais établir ici que des analogies entre les trois premiers démons : Lucifer se structure sur une carence d’image au père, plus exactement au mâle, à la force, à celui qui castre la jouissance. Dans ce cas, « monsieur je sais tout » voit le jour et excellera dans son sport favori qui est celui de l’orgueil. Mammon dépend de l’image envoyée par la mère, celle qui donne, qui est généreuse et qui plonge l’enfant dans la jouissance. Mammon naît de cette carence d’images, et quand je dis images, je veux dire attentions, soins prodigués, amour, regards, caresses. Mammon symbolise l’égocentrisme et le narcissisme. Le plus fort de tous les démons, Satan, l’incontournable, jamais pris en défaut de mensonge, beau, magnifique, séducteur, mais « tordu en diable », cumule à la fois les « pouvoirs » de Lucifer et ceux de Mammon. Aucun regard en provenance, ni du père, ni de la mère, et nous voici en, présence de cette structure névrotique qui aura construit un moi, un faux-moi, qui aura capitalisé (on parle des péchés capitaux), deux grands péchés : l’orgueil et le narcissisme.

          Cette imagerie judéo-chrétienne et cette approche transdisciplinaire, nous est très utile pour mieux comprendre quels sont les grands types de névroses et comment ils se sont construits. Mais de cette étude, nous en retirons aussi un autre profit, celui de comprendre comment vont évoluer ces névroses sur un terrain d’implosion familiale, ce que connait notre société en ce tout début de XXIe siècle. Quand Lucifer et Mammon sont seuls à l’œuvre, le terrain psychique est alors propice  à l’apparition de structures perverses. La perversion narcissique est la plus redoutable, car elle met en scène Satan, celui qui n’a reçu aucune garantie d’exister, ni du côté du père, ni de celui de la mère.

Date de dernière mise à jour : 09/05/2013

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