LES DERIVES PSYCHIQUES


INTRODUCTION

 

         Les dérives psychiques, sont pour la plupart, issues d’un déséquilibre anima/animus. Je rappelle, ici, que le concept anima/animus de Jung est primordial en ce sens qu’il remet complètement en cause le principe d’identification au père et à la mère. Son concept, en effet apporte une nuance de taille, puisqu’il ne s’agit plus pour l’enfant de s’identifier, ou en tous cas, trouver des points de repère ou d’ancrage, dans la personnalité du père ou celle de la mère. L’enfant doit, en effet, dans un premier temps, au stade de la persona (Jung) ou de l’imaginaire (Lacan), puiser des images dans le féminin, et d’autres, dans le masculin.  Peu importe, qui du père ou de la mère « porte la culotte », l’essentiel, pour l’enfant, est de se sentir vu et de voir deux entités distinctes, deux genres : le féminin et le masculin, ce que Jung a si parfaitement compris.

          Le concept anima/animus doit nous faire réfléchir au problème de la parité qui est, de nos jours, une préoccupation pour les politiques. Si celle-ci est respectée sur le plan des genres (masculin et féminin), sous l’éclairage du concept jungien anima/animus, nous sommes obligés d’admettre que la classe politique est restée et demeure aux mains de personnalités à la seule tendance masculine… La question se pose également quand il s’agit, pour un couple d’homosexuels, d’adopter un enfant. Sont-ils capables d’élever ce dernier, dans de bonnes conditions ? La réponse est oui, sans aucune hésitation, pour la simple et bonne raison que, dans un couple d’homosexuels, l’équilibre anima/animus est respecté et, qu’en pareil cas, l’enfant peut s’identifier aux deux caractères féminin et masculin. Cet équilibre ne se retrouve pas toujours dans les couples hétérogènes où, dans la plupart des cas, l’un des deux parents s’efface au profit de l’autre, ne laissant à voir, à l’enfant, que la seule image soit d’une mère castratrice, soit du mâle dominant, le père autoritaire. Sont en fait en cause la jouissance qui se structure symboliquement, à partir du don maternel (le sein), mais un homme peut parfaitement jouer ce rôle au féminin, et la castration qui émane du père, le mâle, qui doit mettre fin à cette jouissance. La future personnalité de l’enfant est en partie déterminée par cette dialectique entre un Monde où tout est permis et un autre où tout est interdit. Les dérives psychiques trouvent leurs principales causes dans une telle problématique.

          Nous pouvons en recenser trois grands types, qui sont toutes des pathologies de la modalité binaire. Ces trois pathologies psychiques sont toutes liées au meurtre symbolique de l’enfant. Nous pouvons distinguer deux cas :

1er cas : l’enfant n’est pas vu. Ce dernier est relégué au simple rang d’un objet. Les parents ont « d’autres chats à fouetter » car, trop préoccupés par la construction de leur moi et leur désir narcissique. L’enfant reste sans possibilité identificatoire, sinon celle de se construire le personnage du « super héros ». L’orgueil est alors au rendez-vous. S’ouvre ici le portail des névroses.

2eme cas : l’enfant est rejeté ou non reconnu dans ce qu’il est. Il ne correspond ni aux désirs du père ou ni à ceux de la mère, parfois ni au désir des deux. Très tôt, les parents ne se reconnaissent pas dans l’enfant et ne vont plus lui envoyer que des messages de haine. Ces derniers, sont essentiellement construits sur ce que Lise Bourbeau nomme les CINQ BLESSURES de l’ÂME : HUMILIATION-ABANDON-REJET-INJUSTICE-TRAHISON. C’est alors, la porte ouverte aux différentes formes de perversion.

Nous étudierons tour à tour :

LA NEVROSE : La pulsion ne se concentre que sur le tronc commun, qui définit la phase de la persona (Jung) ou l’imaginaire (Lacan). D’où l’impossibilité pour le sujet de construire son moi, puisque la pulsion n’y a pas accès, car entièrement absorbée au stade de la persona qui travaille à l’équilibrage des forces énergétiques antagonistes (anima/animus), composant la pulsion.

LA PERVERSION : Inversion de la pulsion qui met l’imaginaire sous tension. La pulsion a déjà eu accès à la structure arborescente, a donc commencé à structurer le moi (Jung), ou le réel (Lacan). Mais la première phase physiologique n’étant pas entièrement résolue, donc équilibrée, se crée une instabilité de la pulsion qui investit à nouveau, sous l’effet de l’angoisse notamment, le stade de la persona (imaginaire).

L’EFFRACTION DU SYMBOLIQUE : La pulsion provoque une implosion du « noyau matriciel ». Cette physiologie particulière, expérimentée par Jung, et connue sous le nom de « descente aux enfers », est souvent cataloguée, à tord, de psychose. Même si tous les signes sont là, c’est une psychose transitionnelle qui doit permettre au sujet de « se recentrer » psychiquement.  Comme pour la perversion, la pulsion désinvestit le moi, afin de revisiter la persona, toujours sous l’effet d’une profonde angoisse. Mais au lieu de basculer dans la perversion, soit en demeurant à un stade purement « figé », ou bien, en basculant de l’autre côté de « la Loi », la pulsion investit les arcanes de la MATRICE, cette dernière, représentant le PROGRAMME PSYCHIQUE. Au lieu de produire un renversement, la pulsion fait alors déluge au cœur même des images primordiales.

LA NEVROSE


          Je prendrais ici, deux exemples qui illustrent parfaitement la problématique névrotique :

  • Mythe d’Œdipe (Freud) – Mythe d’Electre (Jung)

          Dans le mythe d’Œdipe, mis en avant par Freud, on voit que l’enfant n’a pas pu s’identifier au père et donc de ce fait, désire se substituer à lui. Pour lui, le père est l’objet de toutes les jouissances. Œdipe veut donc se substituer à lui, ce qui lui confèrera le pouvoir absolu. C’est pour cette même raison, qu’inconsciemment il couchera avec sa mère, une manière de « boucler la boucle » en quelque sorte. Être le père, devenir le père à la place du père, s’accaparer son pouvoir phallique, voila la préoccupation de tous ceux qui n’ont pas reçu de lui, la garantie d’exister. De plus, le père, en tous cas le mâle, se doit de transmettre à son fils le plein pouvoir filial, ce que fait le chevalier du Moyen-âge, avec l’aspirant, lors de la cérémonie d’adoubement. Il y a entre le père et le fils transmission de la filiation. A défaut, et faute de pouvoir tuer le père, le meurtre restera symbolique, et l’enfant se cherchera un nouveau père auprès duquel il va pouvoir nourrir son identité. Faute de le trouver, il s’inventera un père, de préférence, un héros, qu’il puisera aux sources de l’actualité présente ou passée. L’orgueil correspond à cette dérive identificatoire que l’on pourrait parfaitement inscrire au rang des pathologies névrotiques. De même Jung décrit cette même problématique, à l’envers cette fois-ci, ne visant plus le meurtre du père, mais celui de la mère. Si Freud fait référence au mythe d’Œdipe, Jung fait référence au mythe d’Electre. Mais Jung va plus loin dans sa classification des névroses puisque pour lui, le sujet, au sortir de la première phase physiologique, s’est construit des masques qu’il désigne sous le vocable de persona, masques censés s’être structurés sur des « déséquilibres raisonnables », et suffisamment raisonnables, pour ne pas dans leurs exacerbations, produire des névroses.

          Pour Jung, il est clair que la névrose relève bien d’une pathologie de la persona. Un défaut d’équilibrage anima/animus, produit des images exacerbées, dans lesquelles le sujet s’installe et s’enferme. On assiste à une forme de « cristallisation de la persona » qui parasite le sujet dans sa construction du moi. Ces formes cristallisantes sont repérées dans la symbolique judéo-chrétienne, qui les a désignées sous le terme de démons.

  • Les démons de la symbolique judéo-chrétienne

          A bien les regarder, les démons, décrits par l’Eglise, savent s’exprimer au travers de « l’Autre », cet « Autre » dont parle Lacan qui s’est construit à côté du moi, et qui prend la parole quand certaines stimulations extérieures l’y pousse. Sa voix devient alors plus forte que celle du moi qui ne trouve plus de place pour s’exprimer. Ce dernier est dépassé, colonisé par cet « Autre ». Pour l’Eglise, la possession est au rendez-vous, pour le thérapeute, ce dernier se trouve face à une névrose exacerbée qui relève alors quasiment de la psychose. Le sujet n’est plus dans son moi, mais dans un « Autre » qui s’est édifié à son insu, mais édifié contre lui, en tirant sa substance de son objet du désir. Bien sûr, nous ne devons pas tomber dans la caricature, puisque ces différentes personnalités névrotiques ou « démoniaques », peuvent se graduer en degré de gravité, selon que leur persona est en tout ou partie seulement, cristallisée.

          C’est ainsi que j’ai identifié les sept péchés capitaux à sept grands types de névroses. A chacun des péchés correspond un démon, qui lui-même est le symbole d’une névrose. On trouve ainsi, Lucifer, Mammon, Satan, Belphégor, Léviathan, Belzébuth et Asmodée (voir planche). Je ne vais établir ici que des analogies entre les trois premiers démons : Lucifer se structure sur une carence d’image au père, plus exactement au mâle, à la force, à celui qui castre la jouissance. Dans ce cas, « monsieur je sais tout » voit le jour et excellera dans son sport favori qui est celui de l’orgueil. Mammon dépend de l’image envoyée par la mère, celle qui donne, qui est généreuse et qui plonge l’enfant dans la jouissance. Mammon naît de cette carence d’images, et quand je dis images, je veux dire attentions, soins prodigués, amour, regards, caresses. Mammon symbolise l’égocentrisme et le narcissisme. Le plus fort de tous les démons, Satan, l’incontournable, jamais pris en défaut de mensonge, beau, magnifique, séducteur, mais « tordu en diable », cumule à la fois les « pouvoirs » de Lucifer et ceux de Mammon. Aucun regard en provenance, ni du père, ni de la mère, et nous voici en, présence de cette structure névrotique qui aura construit un moi, un faux-moi, qui aura capitalisé (on parle des péchés capitaux), deux grands péchés : l’orgueil et le narcissisme.

          Cette imagerie judéo-chrétienne et cette approche transdisciplinaire, nous est très utile pour mieux comprendre quels sont les grands types de névroses et comment ils se sont construits. Mais de cette étude, nous en retirons aussi un autre profit, celui de comprendre comment vont évoluer ces névroses sur un terrain d’implosion familiale, ce que connait notre société en ce tout début de XXIe siècle. Quand Lucifer et Mammon sont seuls à l’œuvre, le terrain psychique est alors propice  à l’apparition de structures perverses. La perversion narcissique est la plus redoutable, car elle met en scène Satan, celui qui n’a reçu aucune garantie d’exister, ni du côté du père, ni de celui de la mère.

LA PERVERSION

 

          La névrose est, de nos jours,  supplantée par la problématique perverse, ou plus exactement cette dernière vient prendre le relais. Et comme nous venons de le voir au travers de la symbolique judéo-chrétienne, on peut affirmer sans trop se tromper que la perversion revêt des formes exacerbées de la névrose et va perturber gravement notre mode de vie en société. La faillite familiale vient ici secréter un autre mal que nous pouvons comparer à une « épidémie psychique ». Rien de bien rassurant quand on repense au propos de Jung qui avait annoncé dans les années 40 : « L’Humanité attend son déluge, mais ce n’est pas un déluge physique, mais un déluge psychique qui l’attend. »

          En effet, la névrose ne se construit que s’il existe une base familiale, donc une logique judéo-chrétienne. La névrose résulte du seul déséquilibre entre l’identification au père ou à la mère comme nous en avons déjà parlé précédemment, et pour être plus précis, entre l’anima et l’animus pour reprendre le concept de Jung. Mais avec l’implosion de la cellule familiale, « les garde-fous névrotiques » volent en éclat pour laisser place à une nouvelle pathologie qui est celle de la perversion.

          La perversion possède sa propre entité, elle se met en place lors de la structuration du tronc commun. Cette entité structurelle peut-être comparée à une structure parasite, à un véritable « virus psychique », qui sera activée par les mêmes stimuli qui ont présidé à sa construction. Cet « Autre » prend alors le pas sur toute expression du moi jusqu’à le coloniser entièrement, et plus grave se lancera, si l’occasion lui en est donnée, à la colonisation de tous « les moi faibles» qui se trouveront sur son chemin. Freud suggérait dans ce sens, que la perversion s’opposait à la névrose. En fait, c’est la quête de la jouissance suprême, qui pousse le pervers à vampiriser le sujet enclin à la culpabilité. C’est en ce sens que la perversion se nourrit de la névrose. 

        La perversion peut se décliner selon trois stades. Chacun, correspond à  un niveau de gravité croissant de cette pathologie, qui dépend, d’une part, de l’intensité de la pulsion, et d’autre part, du degré du rejet subi par l’enfant, et si ce rejet met en cause un seul ou les deux parents à la fois.

  • 1er degré : la névrose d’angoisse ou névrose perverse
  • 2e degré : la perversion avérée
  • 3e degré : la perversion narcissique

          Cette pathologie fera l’objet d’une publication future. Pour l’instant, je vous propose de consulter ma thèse au chapitre de la perversion. J’y propose une analyse complète de sa physiologie au travers de deux personnages historiques, que sont Gilles de Rais et Hitler. On y voit notamment, comment s’est installée chez eux, cette pathologie, quels en sont les rouages physiologiques, et quand fut activée en eux la structure perverse et pourquoi : 30 mai 1431 pour le premier et 30 juillet 1940 pour le second.

L’EFFRACTION DU SYMBOLIQUE

 

          L’effraction du symbolique, c’est ce que Jung nomme la descente aux enfers. Tous les stimuli, et l’angoisse en premier, comme dans la perversion, sont au rendez-vous. Mais si la perversion se caractérise essentiellement par sa capacité à inverser la Loi, l’effraction du symbolique, elle, ne produit pas de renversement, mais au contraire, induit l’implosion des structures élémentaires qui composent les images primordiales de la matrice. La pulsion, poussée à son comble, sous l’effet d’une angoisse extrême, ne produit pas une inversion des structures psychiques mais une effraction de celles-ci. Comme je l’ai déjà souligné précédemment, la clinique qui en résulte est similaire à celle de la psychose. Mais, contrairement, à la psychose, le sujet retourne, tel Ulysse, à son foyer, après avoir parcouru les strates les plus sombres de sa personnalité, celles qui sont cachées au cœur même de la matrice. Pathologie ou « initiation », cette expérience douloureuse pour le sujet et ses proches, agit finalement comme une parade pour éviter de sombrer dans la perversion.

          Une nouvelle approche transdisciplinaire est ici, indispensable pour bien comprendre le sens du terme initiation. Le tarot initiatique des maîtres cartiers du Moyen-âge vient encore nous donner des réponses. La descente aux enfers, nécessite d’affronter le Diable, or le Diable se présente sous les traits de la modalité binaire. « Effracter le symbolique », c’est affronter ses diables intérieurs, tous ceux qui se sont structurés lors de notre enfance, en miroir de l’imagerie et de la pensée judéo-chrétienne. Libérer son moi de toute entrave ou censure morale ou religieuse, et le mettre en adéquation avec le Soi, tel que le définit Jung, voila l’enjeu de l’effraction du symbolique.

Date de dernière mise à jour : 29/04/2013

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