UN DELUGE PSYCHIQUE

 

 

         La troisième phase physiologique structure le ternaire et conduit au Soi. Elle représente une phase de transformation qui s’opère sur les fondations du binaire. Nous visiterons, tour à tour, l’archétype du diable (lame XV du Tarot initiatique) qui représente le déterminatif de ce septénaire et, à ce titre, comme nous le savons maintenant, annonce ce qui doit être accompli. La transformation alchimique permet l’élimination des structures duelles et conduit au Soi. Elle se trouve illustrée des lames XVI à XX (la maison-dieu symbole du trait de fracture se produisant lors de l’effraction du symbolique jusqu’au Jugement dernier marquant la fin de cette ultime épreuve). Le Soi est enfin atteint avec le monde (lame XXI), lame signant, tout à la fois, l’aboutissement complet du troisième septénaire et la fin du processus d’individuation.

         Qui veut faire la rencontre avec le Monde tel qu’il est vraiment doit tout d’abord établir des réglages avec son récepteur psychique. Cette première phase consiste nous l’avons vu à dépasser le stade des images donc celui de la persona. Le moi, ainsi installé, favorise la qualité de la perception de l’objet et, parfois même, en réinvente les contours. Le moi psychique occidental ne traduit plus la nature réelle de l’objet parce que soumis à de trop lourdes contraintes que constituent la morale, la règle religieuse ou encore les normes sociétales, tout ce que Michel Granger définit en tant que « scories de l’opinion majoritaire ». Ces censeurs installées structurellement au sein de la psyché créent des distorsions sur la nature de l’objet et s’imposent à lui comme modèle directeur.

         Avec la quête vers le Soi, nous n’en sommes plus dans les réglages de l’appareil perceptif psychique mais dans une seconde phase visant à dépasser ses « modèles directeurs ». « Ces logiciels » devenus trop contraignants font l’objet de rejet ou sont éradiqués par la psyché. L’effraction du symbolique décrit ce processus physiologique qui conduit à faire la rencontre avec le Soi. Pour Nazari (XVIe siècle), cette épreuve est de nature alchimique, elle en constitue le second stade, celui de la transmutation divine dite « réelle philosophique». Cette nouvelle phase de l’individuation est soumise à de fortes intensités pulsionnelles qui, réunies en une seule trace, agissent tels des tsunamis. Dès 1941, Jung prédisait que l’humanité connaîtrait à nouveau le déluge mais «qu’il ne serait pas physique mais psychique ». Par cette pensée, Jung rejoint la symbolique chrétienne du Jugement dernier dont les scènes représentées sur des manuscrits latins du XIIe siècle et conservés à la Bibliothèque nationale parlent d’elles-mêmes : Les hommes sont mordus à la tête par des serpents portés par les quatre cavaliers de l’Apocalypse, ou encore piqués, toujours à la tête, mais par de monstrueuses sauterelles.

Date de dernière mise à jour : 29/04/2013

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